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Est-il encore possible d’étudier la Kabbalah en 2026 ?

Par Le 01/02/2026

Est-il encore possible d’étudier la Kabbalah en 2026 ?


L’étude de la Kabbalah est-elle une profession de foi ? L’égrégore kabbalistique n’est-il pas devenu trop gore avec la  guerre à Gaza ?
On peut légitimement se poser la question et tout ce qui parle hébreu se retrouve au centre de la question, ou plutôt de la confusion automatique entre judaïsme, kabbalisme, sionisme &c…

Je suis très embêté parce que j’ai adoré étudier la Kabbale et je pense qu’elle a été majeure dans ma spiritualité. J’ai adoré réciter les mantras secrets Yavistes et Élohistes, plonger dans le Cantique des cantiques &c… Dans ma jeunesse, j’ai voyagé dans des déserts oniriques avec les rabbins du Zohar, plus tard, j’ai cuit des os au soleil avec Ezechiel, enfin, j’ai craqué les formules secrètes du Livre de la Lettre d’Abraham Aboulafia… Bref, j’ai bu mon vin avec mon lait (Cant. V.1.)…
J’ai arrêté l’étude le jour où tout disparaît quand le rien apparaît, quand l’Arbre de Vie fissure et laisse passer l’Aïn Soph. Je n’ai alors plus eu l’élan de reprendre l’étude de la Kabbalah depuis. Je l’aime tout autant, bien-sûr, mais à partir de ce moment le besoin d’étudier n’est plus impérieux.
Mais si c’était le cas aujourd’hui, si je cherchais celui qu’aime mon âme (Cant. III.1), comment ferais-je ?

La confusion générale du monde en cette fin de cycle est totale, surtout en matière de culture juive et il est difficile de ne pas devoir se positionner quand il en est question. Peut-on étudier la Torah et la Kabbalah aujourd’hui en toute liberté de pensée ? Il serait intéressant de savoir comment par exemple un pasteur allemand des années 30’ aurait répondu à cette question.
D’abord, il faut reconnaître que le judaïsme est le concept le plus confus qu’il soit. Le judaïsme est à la fois une culture, ou plutôt de nombreuses cultures ; une religion (Torah) divisée en de nombreux cultes ; une langue, ou plusieurs langues, et d’innombrables rites et mystiques… La race juive (aujourd’hui, on dit plutôt le peuple juif) est, comme, toutes les races et tous les peuples un joyeux mélange de toutes les ADN du monde. La « religion » Torah est composé de très nombreux cultes orientaux qui se sont encore développés au Moyen-Âge et qui furent plus ou moins standardisés à la renaissance. J’ai même du mal à considérer ce(s) culte(s) comme une religion : pas de notion de foi malgré tous les efforts de Maïmonide au XIII° siècle et un faux monothéisme que l’on qualifie plutôt aujourd’hui justement de monolâtrie, bref, une confusion totale dans les concepts.
En ce qui concerne la mystique que l’on appelle Kabbalah d’une façon générale, c’est la même chose : le Sepher Yetzirah est une théogonie mathématique venue d’Inde à l’époque de l’introduction du zéro dans les mathématiques arabes, la tradition des Châteaux (Hékaloth) du Zohar est d’influence babylonienne, le Cantique des cantiques, « livre le plus saint de toute la Torah » mais véritable météorite est un résumé des cultes orientaux pré-yahvistes, l’alchimie solaire des ossements d’Ézéchiel viendrait de Perse… Il existe même une tradition de mystique du Nom qui aurait apparemment été transmise des juifs aux musulmans avant de réapparaître autour de la synagogue au milieu du Moyen-Âge. En effet, à l’époque de Maïmonide et son fils, il était courant pour les kabbalistes de partir en retraite chez les soufis musulmans, eux-mêmes dépositaires de la sagesse transmise par le Cantique des cantiques qui est signée par la présence de l’amour, du vin et des roses. L’enseignement offert sera la base du système kabbalistique d’Abraham Aboulafia, la kabbale du Nom basée sur des mantras et des procédés amenant à l’extase.
On voit que la mystique juive est comme le peuple juif : un ensemble protéiforme d’influences diverses et vivantes (et je suis resté dans le monde oriental sans aborder les influences des mystiques allemandes médiévales !)…

Ajoutons à ce melting-pot une autre question qui s’impose maintenant : la kabbale serait aussi un courant politique secret visant à prendre le contrôle de l’humanité.

Alors, la kabbale, comme la religion, est composée d’individus et de groupes d’hommes. Les individus, ce sont en général de pauvres gens qui doivent doivent leur survie à la force de leurs bras en temps de paix, et de leur jambes le reste du temps. Ils n’ont pas de méchanceté mais ils peuvent avoir des traumas. Les persécutions sont sources de traumas qu’il faut guérir, ou au moins gérer… Une remarque en passant, les juifs et les tziganes sont deux groupes qui ont beaucoup de points communs dans leur histoire, mais qui ont gérés différemment leurs traumas. La comparaison entre les deux caractères est intéressante.
Il y a aussi des moments où certaines personnes, ou certaines populations, se retrouvent en position de pouvoir et le pouvoir ne favorise jamais la bienveillance et l’humanité.
La kabbalah offre un parcours mystique plus ou moins solitaire. Si les grands courants ont pu être fagocytés par des pervers pour acquérir plus de contrôle sur les populations, les mystiques eux-mêmes restent des individus en quête de l’Union Mystique que les bouddhistes appellent Éveil. La tradition kabbalistique n’est donc pas une société secrète qui cherche la domination du monde mais surtout une tradition relativement informelle de mystiques dont le caractère se manifeste d’une façon générale par la bienveillance et la discrétion. L’attrait naturel des gens pour la mystique et pour la spiritualité est évidemment la cause de la récupération de ce domaine par quelques individus et quelques groupes malveillants, mais il s’agit d’une perversion et non de la nature même de la Kabbalah.
La situation peut toutefois paraître plus complexe que cela. Par exemple, lorsque qu’Aboulafia se sent soudainement investi de la mission de voyager jusqu’à Rome pour convertir le Pape, il s’agit bien là de l’une des difficultés de lecture de la voie que le mystique isolé peut avoir. Il n’est pas facile de s’y retrouver dans la multitude de transformations vécues, et on peut même développer certaines altérations psychologiques et physiologiques. Je crois reconnaître dans le comportement d’Aboulafia des symptômes de schizophrénie, ce qui ne signifie pas qu’Aboulafia était un malade mental mais que l’état schizophrène n’est peut-être pas sans rapport avec l’expérience mystique. Est-ce que cela fait d’Aboulafia un militant pour la suprématie mosaïque ? et bien non, je ne crois pas et si l’on étudie un peu la vie d’Aboulafia, on voit bien que cette thèse est absurde.

Alors peut-on encore étudier la Kabbalah à l’heure où Netanyahu dirige l’état d’Israël ?
Je conviens que ce n’est pas forcément très confortable (si notre étude est strictement mystique sans rien de politique bien-sûr). En fait, c’est un problème d’identification. Si vous vous identifiez intensément à l’histoire classique de la mystique juive, en tant que juif ou chrétien par exemple, il vous faudra avoir une réflexion nécessaire et entreprendre une désidentification. Vous n’êtes pas cela. À l’inverse, si vous ne vous identifiez d’aucune façon à cette histoire, vous n’avez pas vraiment de raison d’étudier la Kabbalah, il y a d’autres choses passionnantes à faire dans la vie…
En fait, si vous n’êtes pas tellement identifié, mais que vous avez l’élan de kabbaliser, alors vous êtes libre ! Vous n’êtes pas vraiment responsable de vos goûts, et d’ailleurs vous n’êtes responsables de rien. Plus de responsabilité, plus de problèmes ! Kabbalisez en toute liberté !
Le problème, c’est juste la liberté (oui, je discute ici l’existence du libre-arbitre)…

La kabbale a-t’elle un rapport avec le Zen ?
Il est certain que le mental - et les kabbalistes savent utiliser leur mental - trouve sa limite dans la rationalité, et le koan zen est une porte pour dépasser cette limite. Je trouve beaucoup de relations entre la pratique du zen et les techniques de méditations de la kabbalah.
Cette parenthèse était une récréation.

Alors, peut-on en 2026 pratiquer une mystique juive ?

Je donne une formation de kabbale, même en 2026, et j’attends de cette étude qu’elle réponde elle-même à ces questions par une libération des questions elles-mêmes, et de toute autre question existentielle. J’attends que ce cours libère des questions et des angoisses du chercheur sur le chemin mystique pour qu’il puisse enfin vivre sa relation à Dieu.
J’aborde la Kabbale de trois façons : la kabbale de l’Arbre de Vie, développée par Isaac Luriah et qui donnera naissance à la kabbale chrétienne, puis rosicrucienne. C’est la forme de kabbale la plus répandue dans le monde aujourd’hui, de la renaissance italienne au New-âge moderne. Ensuite, vient la kabbale vraiment pratique du Nom de Dieu. C’est la voie qu’a suivi Aboulafia par exemple. C’est une façon de pratiquer les mantras, c’est la partie de la mystique juive qui se rapproche de la mystique soufie et du Zen. Enfin, je propose une visite du Cantique des cantiques qui est un texte merveilleux qui parle à l’âme.
Le but de ces études n’est pas de transformer l’univers en multivers, mais de le réduire à ce qu’il est, c’est à dire Un. Ce n’est pas une voie du perfectionnement de l’être, l’égo, c’est une voie pour ramener l’égo à ce qu’il est, c’est à dire une cuirasse devenu inutile dont on s’est enfin délesté. C’est la voie qui font dire ensemble à Rumi et à Aboulafia : Ani Hou : Je suis Toi (Je suis Cela, Je suis).

C’est ma contribution à la paix. La paix intérieure, et la paix dans le monde.

Matthieu Frécon, Janvier 2026.